Que faut-il faire des islamistes ?

Intrigué depuis quelques jours par l’ambiance politique pourrie centrée sur les islamistes, el hirak, avec des saillies d’une virulence incroyable, limite inquisitoires pour certaines, entre des gens du même bord. Le Summum étant atteint hier, non par ces coups de gueules devenus ordinaires, mais par tous les témoignages pour la journée du 22 Mars, sous le hashtag Manssitch.

Des souvenirs douloureux, une atrocité inhumaine, la souffrance d’un peuple et les reliques d’une tragédie distillée sous des tweets, à défaut d’en avoir parlé, d’avoir chasser ses démons, d’avoir fait le travail nécessaire pour en tirer les leçons, panser les plaies encore ouvertes et regarder l’horreur en face. Une séance virtuelle de confidences douloureuses et de déchirures. Et au delà de la douleur, des larmes, du souvenir funeste, la question revient! Que faut t-il faire des islamistes? Question à deux cent mille morts !

Les inclure, et en faire des alliés stratégiques ou les exclure et se les mettre sur le dos, un dos à moitié affalé par une dictature sordide et usé par des années de résistance ! La stratégie écorchée par la tactique et la politique supplée par la logique. L’inclusion est contre nature, l’exclusion anti démocratique. Le diable se cache dans les détails, et il se cache bien. Faut il être démocrate jusqu’au bout, et tenter une deuxième mort alors qu’on a qu’une vie ? Confondre la démocratie au ridicule, et au nom des droits de l’homme sacrifier encore beaucoup de femmes et hommes ? Ou alors, priorisant la logique au calcul politique et le bon sens à la tragédie, les exclure, et s’attirer la encore les foudres de démocrates jusqu’au boutistes. Quand on parle de laisser les années 90 derrière, de ne pas parasiter avec ses casseroles une révolution survenue 30 après, le but est de protéger la révolution et non les responsables de la tragédie. Ne pas en parler ne signifie pas oublier, ni donner carte blanche et une virginité politique à ceux qui ont brandit des épées pour assujettir leur peuple.

La démocratie s’arrête la où commence le fanatisme, et l’exclusion devient salutaire. Les lignes rouges sont écrites dans le sang pour chaque algérien, et c’est désormais une constante indissociable de la démocratie.

Je ne suis pas démocrate avec les bombes et les massacres, avec les allégeances califales burlesques et avec l’hégémonie théocratique. Tourner la page sans la déchirer, et sans oublier . C’est prioriser le rêve au sordide souvenir, c’est se regarder dans les yeux de cette jeunesse avide de liberté et se rappeler l’atrocité vécue à leur âge. C’est parler du futur sans oublier son histoire. Ce sursaut est celui d’une Algérie qui aspire à la justice et à la démocratie, à la liberté et à un meilleur futur. Et aucun marchandage ne doit être fait sur son dos, ni celui avec le pouvoir pour se régénérer, ni celui avec ceux qui veulent arrêter la marche d’un pays et d’une jeunesse pour revivre un 91 éternel.

Manssitch, w manensache, et c’est à ce titre que je sors avec des milliers de mes concitoyens pour crier à qui veut l’entendre que l’Algérie que je défends n’est ni autoritariste ni fanatique, ni islamiste ni militaire. Il n y a pas de positionnement à faire, ni de calcul, il faut défendre sa conviction, sa vision, ratisser large dans les limites du raisonnable mais pas au détriment de son combat ou de son rêve.Nul ne doit prendre en otage nos douleurs pour en faire de la politique et nos linceuls pour en faire des étendards. Nous devons clamer haut et fort notre prétention démocrate, sortir de ce rôle de pleurnichard traumatisé pour s’affirmer et défendre sa conviction, son rêve et honorer tous les sacrifices consentis pour ce pays. Et nul ne doit nous arrêter, ni les diables d’aujourd’hui, ni les fantômes d’hier.

Djazair Horra dimocratiya, envers et contre tous, contre le système et ses sbires, et contre les opportunistes de tous bord ! Ca nous fait plus d’ennemis ? Tant mieux !

Sidali Kouidri Filali – Militant politique et Ecrivain (Auteur de : Wallada, la dernière andalouse)

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