INTERVIEW

INTERVIEW. Pour cette journée de mobilisation sur les réseaux sociaux : « Nous ne sommes pas contre l’État algérien, contre ses institutions et contre l’armée, nous sommes sortis pour notre chère Algérie, pour le changement et la dignité ». Article Des militants, activistes, journalistes, étudiants et citoyens ont consacré ce 4 juin 2021 à toutes les personnes emprisonnées, notamment depuis le début de l’année en cours. En contact permanent avec les avocats de la défense , dont ceux du CNLD (Comité National pour la Libération des Détenus – CNLD), ils comptent chaque nouvelle détention / condamnation à travers le pays puis actualisent les chiffres de ces incarcérations au fur et à mesure qu’ils augmentent ou baissent.

Un bilan détaillé est relayé depuis minuit sur les réseaux sociaux, y sont dévoilés tous les noms de celles et ceux qui se trouvent actuellement derrière les barreaux. J’ai contacté Zaki Hannache, un militant très actif sur Facebook, très connu aussi pour son entière disponibilité dans le but d’informer l’opinion publique. Convocations, arrestations, auditions, comparutions, procès et verdicts sont mis à jour au quotidien sur son profil Facebook. Il fait un travail que la majorité qualifie aujourd’hui de formidable !Sans hésiter, il me dit : « tout ce qui concerne les détenus, les arrestations, je suis là ». Pour en savoir plus :

– Je lui ai d’abord demandé de me parler de cette journée de solidarité ?•

Zaki : « C’est une idée de Nazim Baya, que nous connaissons tous, une idée que nous avons approuvée car les citoyens et nous-mêmes ne pouvons visiblement plus sortir marcher le vendredi comme vous le savez, sauf en Kabylie et par conséquent nous avons consacré ce vendredi aux détenus d’opinion, mais pas seulement, il faut rappeler les sacrifices de ces détenus qui sont en prison et il ne faut pas qu’ils se sentent oubliés, ce ne sont pas des criminels, n’ont pas piétiné la loi. Ces gens sont pacifiques, ils sont sortis pour réclamer leurs droits et ont scandé des slogans politiques, ils se trouvent aujourd’hui en prison, nous ne devons pas les oublier et avons comme devoir de leur rester fidèles »

– Combien de détenus à ce jour, selon les avocats engagés auprès d’eux et comment vous organisez-vous pour les compter dans chaque ville ?•

Zaki : « Ils sont 214 détenus d’opinion, mais je suis en train d’essayer d’avoir davantage de connaissances sur cette liste à plusieurs catégories, c’est très compliqué, il y a aussi les militants du MAK, ( Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie ), les détenus politiques, etc… Mais grâce aux informations que les avocats nous fournissent et aux efforts du CNLD (Comité National pour la Libération des Détenus – CNLD), nous arrivons à maîtriser la situation dans chaque wilaya. Il y en a deux qui ont été libérés récemment, dont un à Mascara par exemple (libéré et procès reporté), ou encore Saïd Riahi qui a purgé sa peine, donc nous actualisons la liste au fur et à mesure qu’elle évolue. Mais pour résumer : 205 ou 214, pour moi ce sont tous des détenus d’opinion ».Rappel : le MAK et Rachad ont été classés par l’Algérie comme organisations terroristes.

– A-t-on des nouvelles de toutes ces personnes ? Comment se portent-elles ?

• Zaki : « Nous en connaissons beaucoup qui sont en grève de la faim ou du moins qui l’ont entamée puis suspendue. Même s’ils vont bien et que leur état de santé n’est pas en danger, le fait d’être un simple citoyen engagé dans la lutte contre l’injustice, et j’en connais beaucoup qui ont commencé à sortir pour défendre ceux qui ont été incarcérés, pour que ces derniers se retrouvent à leur tour en prison, ce n’est pas chose facile. Je fais partie des militants qui n’avaient aucun lien avec la politique avant le 22 février, j’aimais plutôt le football par exemple, comme tous les jeunes Algériens, et je suis devenu engagé avec le temps. Mais pour répondre à votre question, les avocats nous disent que 99% d’entre eux restent déterminés même en prison, n’ont pas de regrets. Il est vrai que beaucoup ont peur, pour leurs familles notamment, pensent à elles tous les jours, il y a beaucoup de détenus d’opinion qui n’ont pas digéré leurs chefs d’accusation, graves, criminels, ils n’ont pas accepté ça ! Malgré tout on nous informe qu’ils restent déterminés ».

– Y’a t’il des personnalités politiques parmi les détenus que vous avez mentionnés sur cette liste ?

• Zaki : « Oui il y en a, à l’exemple de Ouahid Benhalla, cadre du Mouvement démocratique et social MDS, en plus de quelques militants du Rassemblement pour la culture et la démocratie RCD. Mais la majorité de ces détenus sont des citoyens politisés, engagés et déterminés ».

– C’est censé être une journée de marche aujourd’hui mais voilà que quatre vendredis consécutifs du hirak ont été empêchés par les autorités, comment expliquer aux gens aujourd’hui l’objectif de cette mobilisation ? Beaucoup disent qu’ils ne connaissent pas tout le monde et ont peur de s’engager, que leur dites-vous ?

• Zaki : « Je comprends ces gens, c’est vrai, le chiffre est effarant (205 détenus du Hirak ou 2014), un record en termes de détentions, mais les gens doivent savoir que nous ne les avons pas inventés, nous ne les comptons pas sur Facebook, c’est tout un travail qu’accomplissent les avocats de la défense , ils suivent de très près les dossiers de tous ces noms mentionnés sur la liste que nous avons publiée, ils se sont constitués pour eux et ont déclaré et confirmé après l’étude de leurs dossiers, qu’ils sont bien des détenus d’opinion. Je comprends la peur des gens, elle est naturelle, surtout quand ils prennent connaissance des chefs d’accusations de criminalité notamment, et lisent toutes les publications sur les réseaux sociaux, ce n’est pas évident, certes, mais jusqu’à quand ? Le problème de notre système est qu’il réprime et a déployé les moyens sécuritaires nécessaires pour empêcher les manifestation du Hirak. En contre partie il ne nous propose rien, n’a pas satisfait les revendications, n’a pas tenu ses promesses, je parle du président et de ses ministres, nous avons l’impression que c’est pire que l’ancien régime. Au lieu de proposer plusieurs alternatives il ne fait que réprimer, voilà le problème. Les pratiques n’ont pas changé, le système a créé cette crise et ce n’est pas bon pour lui. Voilà ce que l’on doit retenir ».

– Récemment des journalists ont aussi été poursuivis en justice, Kenza Khatto a été condamnée à de la prison avec sursis, Mustapha Bendjama à Annaba cumule les convocations et les procès, et Rabah Kareche se trouve en prison. Un avocat est aussi en détention. Vous suivez aussi leurs dossiers ? Et qu’en est-il de l’affaire de l’avocat

?• Zaki : « Rabah Kareche est un excellent journaliste, tous ses collègues et confrères en témoignent y compris les citoyens de Tamanrasset qui disent beaucoup l’apprécier car il a porté leurs voix selon eux. Le seul à accomplir son devoir dans cette région a été emprisonné pour son métier de journaliste. Nous n’avons pas plus de détails pour le moment, son affaire étant toujours en instruction. Le rôle d’une journaliste est de relater les faits tels qu’ils se sont produits et c’est ce qu’il a fait. Les journalistes, qui qu’ils soient, ont tous été empêchés de couvrir les dernières marches du vendredi, dont Kenza qui avait poursuivi son travail malgré les difficultés sur le terrain le jour de son arrestation et elle l’a payé cher. Même si elle est libre, Kenza a été condamnée. Mustapha a dû être convoqué pour sept procès en une semaine, c’est du jamais vu, sans oublier Jamila Loukil et Saïd Boudour, pour ne citer que ces derniers puisque vous êtes aussi concerné par exemple. La répression a touché tout le monde, l’affaire la plus récente est celle de l’avocat, Maître Abderraouf Arslane, mais ses confrères et consœurs n’en disent pas plus pour le moment. Nous n’avons pas beaucoup de détails même si des pages Facebook publient des informations sur son cas que nous n’avons pas encore confirmées. Un avocat a le droit d’être en contact avec ses clients, c’est tout ce que l’on peut dire. J’étais absent ces derniers temps et j’ignore les motifs réels de son incarcération, mais en confirmant les faits avec Maître Bouchachi Mostefa مصطفى بوشاشي, j’étais choqué d’apprendre cette nouvelle ».

– En cette journée de mobilisation que vous avez organisée sur les réseaux sociaux, si vous aviez un message bref et précis à transmettre, lequel serait-il ?

• Zaki : « Notre message est que nous ne sommes pas contre l’État algérien, contre ses institutions et contre l’armée, nous sommes sortis pour notre chère Algérie, pour le changement et la dignité, dans le but poursuivre les efforts de nos grands-pères : nous avons des parents moudjahidines, martyrs, etc … Notre souhait est que les détenus soient libérés, malgré la répression, le combat continue pour une vraie Algérie nouvelle ». Crédit deuxième INTERVIEW. MONCEF AIT KACI

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