Condamnation de Kamira: défendre l’amazighité est-il un crime ?

La main lourde de la justice algérienne dans le procès de Kamira Nait Sid, co-présidente du Congrès Mondial Amazigh (CMA), vient de confirmer la politique anti-amazighe, menée en contre sens de l’histoire, par « l’Algérie nouvelle ». Rappelons que le CMA est une ONG qui a été créée en 1995 par des associations culturelles amazighes de plusieurs pays, Algérie, Maroc, Tunisie, Libye, Niger, Îles Canaries et celles de la diaspora qui est particulièrement nombreuse en France. Cette ONG a pour but la défense et la promotion des droits politiques, économiques, culturels et linguistiques des Amazighs dans le monde.

Des congrès sont tenus régulièrement dans les pays où vivent des peuples amazighs (Îles Canaries, Maroc et Tunisie) à l’exception de l’Algérie qui a toujours refusé de l’accueillir malgré de multiples demandes. En 2008, le Tribunal de Tizi Ouzou a même été saisi en référé pour obtenir l’autorisation de la tenue de l’assemblée générale du CMA en Algérie, en vain. Rappelons également que cette organisation n’a jamais fait l’objet d’une interdiction formelle de la part des autorités algériennes et qu’elle avait été invitée officiellement à participer au Forum des ONG euro-méditerranéennes, organisé en 1999 à Tlemcen. D’après ses avocats, le dossier judiciaire de Kamira Nait Sid est vide. Elle n’a fait qu’assumer les responsabilités pour lesquelles elle a été élue et l’essentiel des faits qui lui sont reprochés relève d’un fonctionnement normal d’une ONG de reconnaissance internationale.

Avec cette peine lourde et des plus sévères dans ce procès inique, dépassant ainsi les peines habituelles pour délit d’opinion de cette justice répressive, Kamira Nait Sid est-elle victime, en sus de la répression de sa liberté d’expression de son féminisme militant, de la nouvelle politique adoptée envers le fait amazigh ? À ce sujet, il est important de souligner l’incontestable régression dans la politique algérienne en direction de la réhabilitation de l’identité et de la langue amazighe depuis juin 2019. Ainsi, l’Algérie qui était le premier pays d’Afrique du Nord à entamer la reconnaissance constitutionnelle de l’identité et de la langue amazighes est devenue le seul pays où l’emblème identitaire amazigh a été interdit et dans lequel le panarabisme idéologique exclusiviste fait un grand retour.

Outre la promotion et l’impunité d’un discours raciste anti-amazigh (notamment anti-kabyle), le tamazight, langue nationale et officielle, est délibérément occulté dans les annonces officielles d’événements organisés par l’Algérie, absent des nouveaux billets de banque, difficilement utilisable dans les tribunaux et oublié du financement de sa promotion dans la loi de finances 2023, ce qui impactera son enseignement de plus en plus aléatoire. Il s’agit manifestement d’un recul sur les quelques acquis de cette cause, d’une atteinte grave à l’identité profonde et première de l’Algérie ainsi qu’à sa langue autochtone parlée par des millions d’Algériennes et d’Algériens.

Les droits fondamentaux de Kamira Nait Sid, femme de courage, miliante de la cause amazighe et des droits des femmes, n’ont pas été respectés depuis le 24 aout 2021, jour de sa disparition. Le mode de son arrestation en violation du Code pénal algérien et des traités internationaux, sa détention provisoire abusive et les graves chefs d’inculpation à son encontre, tombant sous le coup de l’article 87 bis, ont fait réagir le groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire. Dans un avis publié le 1er octobre dernier, cet organisme de l’ONU, qualifiant Kamira Nait Sid de défenseuse des droits humains, avait jugé les accusations portées non fondées, sa détention non justifiée et a appelé le gouvernement algérien, conformément aux textes internationaux ratifiés par l’Algérie, à procéder à sa libération immédiate et inconditionnelle, en la réhabilitant dans ses droits avec réparation des préjudices subis.

Que cesse cette intolérable injustice et que Kamira Nait Sid retrouve au plus vite les siens et sa liberté pour continuer sa mission légitime de défense et de promotion du fait amazigh. Liberté pour Kamira et pour tou.te.s les détenu.e.s d’opinion !

Malika BARAKA (militante RPK, membre du groupe « Action-détenus »)

Premières signataires :

Sonia ABBES (militante des droits humains); Sanhadja AKROUF (militante féministe); Soad BABA AISSA (militante féministe); Malika BARAKA (militante RPK, membre du groupe « Action-détenus »); Tassadit BAOUZ (retraitée, ancienne membre de la Fédération de France); Nora BELMOKHTAR (membre du Réseau Féministe « Ruptures »); Ouerdia BENMAMAR (militante des droits humains, Secrétaire Générale de Riposte Internationale); Monique DENTAL (présidente fondatrice du Réseau Féministe « Ruptures », ancienne militante pour l’indépendance de l’Algérie); Nacira DUTOUR (présidente du Collectif des Familles de Disparus en Algérie (CFDA)); Lila MANSOURI ( militante des droits humains, présidente du Bureau de Paris-Riposte Internationale); Nadia MOKRANI (militante des droits humains-Riposte Internationale); Chafia OUTERBAH (militante démocrate); Fatiha RAHMOUNI (avocate , militante des droits humains); Atika SIDANE (militante des droits humains-Riposte internationale); Fatima TAGAOUA (militante FFS France -Nord) Ilyas Lahouazi : Militant RCD

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