Bouakkba tire sur les étoiles avec des flèches.

En citant les prisonniers du château d’Aulnoy Mohamed Khider, Ait Ahmed, Boudiaf, le journaliste Bouakba porte une accusation grave à l’endroit de leur mémoire en soulevant la fameuse histoire du trésor du FLN. Le vocable « voleur », constamment perpétué de l’indépendance jusqu’à l’ouverture démocratique, est convoqué de nouveau par le journaliste afin de prolonger une lecture de l’histoire imposée par le silence des morts.

On dit souvent « qu’on assassine les morts une seconde fois à coup de langue ». Le journaliste Bouakba a oublié de mesurer le poids des personnes citées qui sont, pour le peuple algérien, des étoiles sacrées sentinelles de leur mémoire séquestrée. Le journaliste jette sciemment de l’opprobre sur des absents à l’image de Don Quichotte de la Mancha qui, en s’accoutrant d’une armure chevaleresque lourde à porter sur ses épaules, luttait contre un ennemi absent voire irréel. Ni les flèches, de notre valeureux journaliste, ne peuvent atteindre les étoiles ni son armure chevaleresque ne peut le prémunir des attaques.  

L’adage populaire algérien nous enseigne que certaines âmes perfides trouvent de la jouissance en cherchant les failles dans le parcours de ceux qui ont marqué l’histoire. Cette citation s’applique intimement au personnage du journaliste. En cherchant à atteindre la mémoire des hommes, Bouakba tend à consolider un édifice bâti sur du sable. L’histoire officielle imposée par un régime illégitimité ressemble plus à une masure qu’un édifice reposant sur de solides fondations.      

Dans un État civil et démocratique, dont les Algériens aspirent à le concrétiser, la réécriture de l’histoire ne se fera pas sur les pages des journaux aux ordres mais dans les centres de recherches universitaires dirigés par des historiens. Les journalistes servant de relais à une lecture imposée par le système n’auront plus droit de cité.

La déontologie journalistique doit restreindre le journaliste à sa mission fondamentale : informer. En conséquence, il serait plus judicieux, pour lui, de susciter des débats sur les thématiques historiques sans avoir la prétention de s’ériger en donneur de leçons sur les événements historiques importants pour une aussi jeune nation comme la nôtre. Cette tâche est uniquement du ressort des historiens dont le travail reposerait principalement sur la base de recherches académiques. Or, le journaliste Saad Bouakba, en s’introduisant dans un champ délicat, rentre par effraction dans un domaine qui n’est pas le sien. Il fausse ainsi la lecture objective de l’histoire par des déclarations intempestives qui reposerait que sur les « dires » des anciens responsables des services de sécurité.

Il n’est pas à sa première bévue, il a déjà coulé l’encre incolore de sa plume au service d’une histoire tronquée dont seul le système politique algérien tire les dividendes de la manœuvre. Afin de ramener l’auteur de l’article à sa juste valeur, une démonstration de ses mensonges s’avère recommandée.

La version mensongère de Bouakba sur la séquestration des colonels Amirouche et Si El Haoues

« L’ancien patron de la Sécurité militaire Kasdi Merbah m’a informé que les recherches avaient conduit les enquêteurs jusqu’à un ancien goumier [un légionnaire, selon d’autres sources, ndlr] qui avait quitté le pays et s’était installé en France, lequel avait demandé de pouvoir retourner en Algérie en contrepartie de l’indication des sépultures d’Amirouche et Si El-Haouès » nous explique le journaliste sans évoquer d’autres sources.

La projection d’une lecture étriquée de l’histoire est une conspiration contre la vérité historique. Celle-ci finira inéluctablement par émerger tant que le besoin pour la survenue d’une lecture objective est une requête constante de la jeunesse algérienne.

Il est quasiment confirmé que c’est Mohamed Boukharouba, alias Houari Boumedienne et le colonel Chabou Abdelkader, qui ont seuls décidé la séquestration des restes des deux valeureux colonels martyrs au siège de la caserne de la gendarmerie à Bab Jdid à Alger.

Le témoignage du colonel Cherif Mehdi, ancien secrétaire général de l’Etat-major de l’ANP entre 1963 à 1967, vient contredire la version éclopée d’un journaliste à la recherche de notoriété. L’histoire finit toujours par vomir sur les écrits des usurpateurs. Tout d’abord, le lieu exact où sont enterrés les deux martyrs est indiqué par un officier Français ; le capitaine Jean Louis Gallet. Ce dernier voulant convoler avec sa fiancée de confession musulmane, proposa un marché. Les négociations se concluent à Annaba. Le goumier « légionnaire » voulant marchander son retour au pays, évoqué par Bouakba, n’est qu’une mystification inavouée de l’histoire d’un journaliste qui déploie plus d’ambition de notoriété que la recherche de la vérité.

Le mensonge subsidiaire de Bouakba sur les chefs Historiques de la prison d’Aulnoy

« Boudiaf, Ait Ahmed et les autres ont volé l’argent des Algériens » écrit le journaliste sur le journal électronique Al Awras. Une accusation à charge qui ne repose sur aucune preuve étayée dans le contenu de son article. Les arguments offensants de l’article n’ont de but que de maintenir la version du clan d’Oujda de désigner les opposants historiques de voleurs. C’est dans cette logique de dénigrement que l’auteur de l’article tend à maintenir des versions qui se lézardent avec le temps, à l’image d’un système vieillissant et en fin de cycle.

L’auteur ne fait aucune référence aux écrits, aux livres publiés sur cette affaire dont le dernier en date est celui de Tarik Khider fils de Mohamed Khider. Ce dernier a fait la synthèse sur l’histoire des fonds du FLN dans les moindres détails, levant ainsi le voile sur toutes les parties que le pouvoir veut maintenir dans l’obscurité.

En avril 1963, Mohamed Khider entre en conflit avec Ben Bella et démissionne du poste de secrétaire général du FLN tout en gardant la fonction de trésorier du parti. Il assiste de loin au congrès du FLN tenu à la salle Afrique en 1964. Ne reconnaissant pas la direction issue du congrès, il passe à l’opposition. Mais auparavant, il place une partie des fonds à la Banque Commerciale Arabe (BCA) à Genève, en parallèle une partie des fonds injectés dans une entité financière nationale qui est la banque populaire algérienne (BPA).

Le 07 juillet 1964, l’avocat du gouvernement algérien, Me Raymond Nicolet, obtient de la justice helvétique la mise sous séquestre des sommes déposées par le trésorier du FLN à la banque commerciale Arabe. Le juge d’instruction suisse chargé de l’affaire, M. Dussaix, découvre l’imbroglio dans la gestion des fonds entre l’administrateur délégué de la BCA le syrien Zohier Madam qui était également le correspondant de la BPA. Il découvre également l’administrateur mandaté de la BPA, le suisse François Genoud, ami et conseiller de Khider.

Le bref rappel historique s’impose contenu des raccourcis élaborés par le journaliste d’El Khabar visant à accréditer la thèse longtemps reliée par Ben Bella et reprise par Boumediene mais qui finit par se décomposer face aux incessantes révélations.

Après le coup d’Etat du 19 juin 1965, le colonel Boumediene n’a montré aucun intérêt à la restitution des fonds. Sa motivation se portait sur l’élimination physique de ses opposants. Mohamed Khider en a payé le prix de sa vie le 03 Janvier 1967 le 27ème jour du Ramadhan. Les propositions de restitution venaient de la part de la famille du Feu trésorier du FLN. Ainsi, la première tentative, 1970, fut celle de Madame Khider en se déplaçant même à Alger pour rencontrer Boumediene en personne. Elle est restée six mois sans avoir de réponse concrète. La seconde fut celle négociée avec Messaoud Zeggar alias « Rachid Casa » très proche de Boumediene, sans aboutir au dénouement escompté. Toujours dans le souci de restituer les fonds, biens du peuple algérien, l’ultime tentative qui a été couronnée de succès fut avec le Feu Chadli Bendjedid, à qui l’histoire lui doit une dette de reconnaissante.

Boumediene n’aspirait pas à récupérer les fonds plus que de consolider son régime bâtit sur le dénigrement de l’opposition qualifiée de « voleurs » dont Bouakba tend à maintenir la fable. En réalité, les refus de Boumediene lors des négociations butent sur les conditions de restitutions des fonds. En effet, les exigences de la famille Khider sont la réhabilitation des figures historiques, Khider, Krim, Chaâbani mais aussi satisfaire les revendications légitimes du peuple algérien à savoir un état civil et démocratique garantissant les libertés individuelles et collectives.

Quant à l’enrichissement personnel des figures, telles que Boudiaf et Ait Ahmed, l’auteur de l’article ne donne aucune preuve tangible. On sait qui était le garant dans l’achat de la briqueterie auprès d’un ressortissant espagnol à Kénitra au Maroc. Les ressources d’Ait Ahmed durant son exil sont limpides. Sinon, le DRS trouverait un angle de tire pour abattre les mythes après les avoir exclus, dénigrés et marginalisés.

Aucun des hommes historiques diffamés par Bouakba n’a bénéficié des largesses du pouvoir en place. Aucun des enfants des hommes accusés n’a travaillé dans les représentations consulaires à l’étranger. Aucune de leurs épouses n’a bénéficié de prise en charge médicale signée par un premier ministre aujourd’hui incarcéré qu’il a refusé même à un homme de l’envergure d’Abdelhamid Mehri. Aucun d’eux n’a apporté son soutien à un général en difficulté judiciaire à l’étranger.

Bouakba ferait mieux d’écrire sur les détournements, 20 ans durant du régime Bouteflika, des personnes qu’il a longtemps côtoyées. Aucune ligne rédigée dans sa chronique d’Al Khabar sur les comptes bancaires, chez Crédit suisse, récemment révélés sur le Généraux Nezzar, Ben maâlam, Atailia et d’Abdelaziz Bouteflika. Plus de 1200 milliards partis en fumée dont Bouakba semble ne pas voire alors qu’il se focalise sur une affaire déjà résolue, il y a de cela plus de trois décennie, grâce au dévouement de ceux qui se sont efforcés à restituer le bien du peuple.

« L’histoire enseigne aux hommes la difficulté des grandes tâches et la lenteur des accomplissements, mais elle justifie l’invincible espoir ». Jean Jaurès

Djaffar AMOKRANE, Ecrivain.

Références :

  1.  » L’AFFAIRE KHIDER, Histoire d’un crime d’Etat impuni » 

              Édition Koukou que l’on peut se procurer à travers AMAZON.FR

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