Al Qaïda tente de récupérer le Hirak en appelant à «mener à terme la révolte»

«Parachever le Hirak afin de se débarrasser du pouvoir et d’instaurer la charia.» Dans un communiqué rendu public par Al Qaïda au Maghreb islamique*, l’organisation terroriste d’Abou Oubaida Youcef el Annabi appelle à la reprise des marches pacifiques en Algérie et à soutenir ceux qui ont pris les armes contre le régime.

Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI)* s’est lancée dans une opération de récupération politique du Hirak. Dans un document intitulé «Communiqué sur les événements djihadistes et politiques récents en Algérie» daté du 17 janvier dernier, l’organisation terroriste appelle à «mener à terme la révolte» en Algérie –ce qui signifie reprendre le Hirak populaire qui a pris forme en février 2019.

Publié le jour même par le Jihadology, un centre d’études et de documentation américain sur le terrorisme, ce texte porte le logo d’Al Andalus, le média de propagande d’AQMI*

 

«Message aux personnes libres en Algérie: l’histoire a démontré que les peuples qui mènent une révolution inaboutie ont plus à perdre que ceux qui restent inactifs. Les contre-révolutions seront plus fortes et dominantes […] Les revendications légitimes de la révolte (Hirak) se sont limitées à la réforme du système de gouvernance mais pas au déracinement du système. La issaba [gang] criminelle, inspirée par les démons des contre-révolutions appartenant à l’axe du mal du Golfe, avec à leur tête Mohammed Ben Zayed et Mohamed Ben Selmane [princes héritiers d’Abu Dhabi et d’Arabie saoudite] a compris que la révolte ne représentait pas un danger existentiel et ne menaçait pas leurs intérêts», indique le communiqué.

S’adressant à l’opinion publique, l’organisation terroriste précise avoir arrêté, dès le début du Hirak, «toute activité qui pourrait être utilisée par la issaba militaire comme prétexte contre vous».

Aveux de faiblesse

Interrogé par Sputnik, Djalil Lounnas, professeur en relations internationales à l’université américaine Al Akhawayn d’Ifrane (Maroc), spécialiste des groupes terroristes en Afrique du Nord et au Sahel, estime qu’Al Qaïda au Maghreb islamique* surfe sur la situation politique. «AQMI* considère que le Hirak n’a pas abouti et qu’il est temps d’aller au bout de la révolte, constate-t-il. Ils disent “conjuguons nos efforts, vous pacifiquement et nous par les armes, pour faire plier le pouvoir”.»

«Pour eux, le fait que le Hirak n’ait pas abouti n’a servi qu’à renforcer le régime. C’est clairement une opération de récupération qui vise à imposer au Hirak une étiquette islamiste», souligne Djalil Lounnas.

Pour ce spécialiste des groupes terroristes, l’argument de la trêve engagée depuis le début du Hirak est un aveu de faiblesse. «C’est une façon de justifier leur incapacité à mener des opérations sur le terrain armé. Mais la réalité est tout autre. Nous constatons que cette organisation est sur la défensive et n’a pas les moyens de mener des opérations armées d’envergure.»

Le professeur fait remarquer que depuis la désignation d’Abou Oubaida Youcef el Annabi pour remplacer Abdelmalek Droukdel, alias Abou Moussab Abdelwadoud, éliminé par l’armée française lors d’une opération menée le 3 juin 2020 dans la région de Tessalit au nord du Mali, le nouveau chef d’AQMI* fait profil bas. À l’inverse d’Iyad Ag Ghali, qui dirige le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM)*, qui est pourtant la filiale d’AQMI au Sahel.

Récupération djihadiste

Concernant l’authentification de ce communiqué, Djalil Lounnas croit en sa crédibilité. «Ce document a été publié sur le site de Jihadology, centre créé et géré par Aaron Y. Zelin, un spécialiste des mouvements terroristes. Ce centre est réputé pour son sérieux et sa rigueur. À mon avis, la source est fiable», estime-t-il. AQMI*, à travers son média de propagande Al Andalus, reconnaît avoir subi des pertes dans ses rangs ces derniers mois.

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